02. Que faire de la modernité en architecture ?

Quelles alternatives après la fin des grands discours ?
La modernité est désormais une vieille dame centenaire, élégante, ayant gardé toute la vivacité de son esprit rebel. Une vieille dame imposante, les critiques post-modernes étant rassemblées sous un nom incapable d’inventer autre chose que de faire référence à son nom même. La suite est encore flou, l’éclectisme ayant le paradoxe de pouvoir réunir les contraires en un dernier isme pour clore un XX ème siècle n’étant plus à un isme près.
Il s’agit moins pour nous de faire la chronologie d’un mouvement aux contours discutables que de s’interroger sur les pensées ou idéaux (quand ils ont été exprimés) qui ont habité les architectes que les historiens ont rassemblé dans ce que nous nommons mouvement moderne. Cette architecture est née voici un siècle d’une volonté de faire coïncider une vision idéalisée de la société avec les forces de la révolution industrielle nous rappelle William Curtis.
Nous aurons une attention particulière à la notion de vision, et de rupture, mot qu’il n’est sans doute pas exagéré de pouvoir employer pour caractériser certaines pratiques et discours modernes, quand bien même de nombreuses analyses mettent en doute sinon atténuent l’utilisation de cette notion pour caractériser ce mouvement. Il ne s’agira pas simplement de montrer en quoi il y aurait eu rupture avec ce qui précédait ou ce qui suivra, mais d’interroger ce principe même de rupture, au regard de ce que nous dit William Curtis à propos de l’architecture moderne : Cette architecture, qui pensait-on (à tort on le verra), avait aboli la tradition, pour en établir une autre bien à elle.
Il est loin le temps des grands discours. A l’heure de l’anthropocène, le monde est peut-être est devenu illisible, inaudible, sur fond d’état de guerre permanent, de crises éternelles qui rendent incapable la tenu d’un idéal clair et prometteur. Faut il le regretter ? Les architectes ne doivent-ils pas continuer à proposer des lendemains qui chantent conscients des erreurs commises lors du siècle dernier, conscients que la seule technique ne peut nous sauver ? Quel est pour nous l’héritage d’une culture de la rupture ?
L’histoire, ne nous fournit pas des images, elle constitue une somme d’expériences et de leçons qu’enrichissent forcément le travail du projet. (Charles Henri Tachon)