11. Architecture et Puissance

Nous débattrons autours de nos manières d’être.

L’architecture, comme technique mise sous l’autorité du commencement et du commandement, produit des effets de puissance. Dans cette optique elle peut être définit comme un dispositif au sens où Giorgio Agamben l’entends ; comme capable de capturer, de déterminer, de modeler, de contrôler les gestes, les conduites, les opinions, les discours des êtres vivants.
Le dispositif serait donc cette « machine » capable d’orienter, dans un laps de temps déterminé, les habitudes, les gestes d’êtres vivants pour obtenir des effets.
L’architecture demeure une effectuation de la puissance et elle serait cette forme en chute, incarnant matériellement les forces (sociales et politiques) qui tombent sur le sol.

Pour exister, l’architecture a donc besoin de forces, de moyen de travail et d’un sol pour les appliquer. A ce titre elle est déterminée, comme nous le rappelle Pierre Riboulet, par « l’ensemble des rapports de productions et par le régime de propriété des sols qui gouvernent la formation sociale dans laquelle le travail se réalise ». Par « rapports de production » nous entendons inévitablement la commande et les conditions d’accès à cette dernière (références, etc.) au sein de formes économiques et sociales bien plus larges.

Nous sommes confrontés à une pratique architecturale qui devient de plus en plus difficile pour ceux qui y sont engagés et la réponse à cette conflictualité pourrait facilement prendre les traits d’une alternative stérile ; renforcer le système de production architecturale en y participant ou bien ne rien faire. Il n’en demeure pas moins que le travail intellectuel perds de son efficacité, si pour agir, il se situe à l’extérieur. Car c’est bien une question de situation, d’occupation d’un espace et d’un temps dont nous débattrons. La question fondamentale n’est pas tant de savoir comment nous nous situons face aux rapports de productions de notre époque, mais bien comment nous nous situons en eux, à l’intérieur. L’architecturepourrait être envisagé dans une forme modale, dans la pluralité de ses manières d’être, de ses manières de faire. Non pas Que faire ?, mais Comment être ?

Alors que tout abandon du politique condamne souvent les actions à se cantonner à des changements sectoriels, (preuve en est le dernier appel de l’Ordre à se mobiliser pour la défense du concours en architecture), notre débat portera sur les forces diagonales, les bifurcations à envisager pour transformer notre pratique. Doit-elle se situer en amont, en aval des conditions de productions ? Doit-elle porter sur l’élargissement méthodique de notre art de construire ? Doit-elle se placer à l’extérieur du champ de la pratique pour mieux déconstruire ses propres mythes ?