04. Architecture et symbolique

Après la forme, le symbolique ; nous tâcherons durant ce prochain café d’interroger le symbolique en architecture. Quels liens entretien-t-il avec la forme, la fonction, la phénoménologie, le style, les processus de conception ou de fabrication ? En quoi notre construction culturelle modifie-t-elle notre perception du symbolique ?Il nous est plus facile d’évoquer le symbolique au travers de bâtiments religieux ou d’édifices publics majeurs. Le symbolique est assez remarqué au sein d’une église catholique, les formes orthogonales de l’ordre du terrestre, les formes rondes de l’ordre du divin et la lumière, divine elle aussi bien évidemment ; on le distingue assez facilement lorsqu’il s’agit d’un palais de Justice , le fronton monté sur les colonnes du palais de justice de Lyon en témoigne tout autant que celui de Nantes dessiné par Jean Nouvel. On peut d’ailleurs se demander, au passage, si le nouveau palais de justice de Paris Batignolles nous rend il bien service lorsqu’il semble faire fi de toute approche symbolique.

Plus austère, les architectures issues du 3eme Reich sont également très chargées en symbolique.
Plus finement, un simple seuil, quel qu’il soit, peut avoir une charge symbolique très forte. Je pense là à l’architecture japonaise.

A quoi cela tient t’il? Usage? Qualité de l’espace? Noblesse des matériaux? Lumière? Présence de symbole (en référence à)? Construction culturelle?

Tout cela nécessite très certainement que nous nous posions la question de ce qu’est le symbolique.
Faisons peut être rapidement la distinction entre la présence des symboles, le symbolisme et le symbolique qui se référerait d’avantage à une expérience vécue ou à un référencement culturel, religieux, sociétal,…
Il serait de l’ordre de ce que nous recevons au delà de l’objet.
La différence est mince puisque le symbolisme est une forme de langage où l’on raconte des histoires au moyen de symboles partagés par une communauté tout comme le serait alors un référencement tel que l’exemple du palais de Justice.
La question est donc ouverte.

Au travers de la dimension symbolique se cache la question de l’interprétation et de la réception de l’oeuvre architecturale.

A ce sujet, Hervé Gaff nous met en garde…

La part de l’interprétation.

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Affirmer que l’appréhension d’une oeuvre architecturale est tributaire de nos constructions symboliques peut paraitre, à certains égards, bien irréaliste. En effet, comment est il possible de définir ce que possède en propre une oeuvre architecturale si, en nous en tenant à nos interprétations, nous reléguons au second plan son objet physique, à savoir le bâtiment?

Qu’est ce qui nous garantit que ce qui est donné comme oeuvre est en accord avec ce dernier? Où est alors la vérité de l’oeuvre?

Après quoi nous pourrions nous demander si cette dimension symbolique est elle rapportée post construction ou projetée en amont.

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En traitant la question de l’interprétation de l’oeuvre, nous ne pouvons laisser de côté celle de son identité, ni celle de son authenticité. Lorsque nous cherchons à caractériser une oeuvre, nous cherchons à avoir accès au contenu de cette oeuvre, c’est à dire à ce qu’elle a de spécifique et de non substituable. Dans le champ de ce questionnement s’affrontent deux conceptions radicalement opposées, l’une intentionnaliste et essentialiste, et l’autre constructionniste (Goddmann). La première conception place l’identité de l’oeuvre et les conditions d’authentification de celle ci dans son contenu sémantique. Ce qui fait d’une oeuvre d’art une oeuvre d’art, c’est son sens, ce dernier étant défini par l’intention de l’artiste et les relations que cette oeuvre entretient avec les oeuvres du passé. Le sens de l’oeuvre et sa valeur seront données par la position de l’oeuvre dans l’histoire de l’art.
La seconde conception, qui est celle défendue par Goodman, place la question de l’identité non pas du côté sémantique, mais du côté numérique, c’est à dire du point de vue de son mode de production. Une oeuvre d’art est

alors identifiée de deux manières, selon qu’elle est autographique ou allographique : si elle est autographique, c’est l’histoire de sa production qui importe, et si elle est allographique, c’est le respect de la partition dont elle est issue. S’agissant d’identité et d’authentification, la question du sens ne se pose pas pour Goodman, car la dimension sémantique est affaire de symbolisation, et par conséquent d’interprétation.

(…) Le sens de l’oeuvre consiste alors en ce que nous pouvons élaborer comme interprétation correcte, en vertu de ce que nous percevons et savons à propos de l’objet.

Suivant ces deux citations, est ce que nous pourrions proposer deux approches de la notion de symbolique, à savoir :

– Le symbolique de la référence – de l’ordre de l’indicible – ne peut l’approcher que celui qui sait.
Lorsque C.Vergelly utilise une pierre du Rhône pour bâtir l’entrée du tunnel côté Rhône et une pierre de Saone pour bâtir l’entrée du tunnel côté Saone, l’appréhende t’on comme une forme de symbolique? Quelle valeur ce référencement peut il avoir au sein de l’architecture? Ne peut l’appréhender que celui qui sait.
Encore plus loin lorsqu’une vulgaire salle des fêtes a été construite par ses habitants. Le bâtiment n’a aucune valeur en tant qu’oeuvre architecturale mais elle est portée comme telle par ses habitants. Peut on ici parler de symbolique? Alors vous me direz que ce dernier exemple n’a rien à voir avec l’architecture et pourtant, un des enjeux de l’architecture est la fabrication du lien social – comment nous retrouvons nous sous le même toit.

– Le symbolique, de l’ordre de l’expérience, sans doute celui que nous avons le plus de mal à définir. Quand est ce que cette expérience devient symbolique puisque toute bonne architecture est liée à l’expérience qu’elle nous impose.
Quelle importance accordée à la mise en expérience de trois marches signifiant la trinité ou d’une coupole en référence au divin. Avons nous besoin de connaitre leur sens pour les expérimenter?

La transmission de ce que nous appelons aujourd’hui symbolique n’était il pas une transmission de savoir sur l’espace au delà des constructions culturelles, religieuses ou sociétales?

 

 

LARROUSSE

Le symbolique

1. Ce qui est symbolique
2. PSYCHAN Catégorie de l’ensemble « symbolique/imaginaire/réel », introduit par J.Lacan qui permet de définir l’activité propre à l’être humain en tant qu’il est soumis à l’activité du langage et qu’il est de ce fait pris dans un système d’échanges définissant aussi bien la culture que l’inconscient.

Symbolisme

Système de symboles exprimant des croyances.

En matière artistique aussi bien que poétique, le symbolisme peut être considéré comme un approfondissement du romantisme. La tentative de cerner ce qu’il y a d’insondable dans les états d’âme, de porter sur la scène l’indicible et même l’invisible, plus généralement de donner le pas au fantasme sur le réel et au rêve sur le quotidien, enfin de consacrer l’idée aux dépens de la matière, tout cela, qui apparaissait déjà chez W.Blake ou chez C.D Friedrich, constitue le terreau de la création symboliste.